Les chiffres troublants des violences sexuelles contre les enfants en Algérie (Médecins)

Alger – Une série de données rendues publiques ces dernières semaines jette une lumière crue sur l’ampleur des violences sexuelles subies par des enfants en Algérie, un sujet longtemps resté dans l’ombre en raison du silence social qui l’entoure. Elles montrent à la fois l’ampleur du phénomène dans les structures de soins et les difficultés à en mesurer l’étendue réelle.
Selon les déclarations de responsables du service de médecine légale du Centre hospitalier universitaire Mustapha Bacha à Alger, cités par The Indépendant Arabic, ce service enregistre chaque année entre 320 et 334 cas d’agressions sexuelles sur des mineurs pris en charge dans cet établissement, le plus grand du pays.
Ces chiffres ont été qualifiés de « dangereux » par les praticiens qui les ont communiqués à la presse. Ils ne reflètent toutefois qu’une fraction du phénomène : le réseau algérien de défense des droits de l’enfant évoque une estimation pouvant dépasser 9 000 agressions sexuelles sur mineurs par an, tandis qu’une organisation locale de santé évoque un chiffre d’environ 2 000 cas annuels, dont 90 % concerneraient des enfants.
Portrait des victimes et des agresseurs
D’après les mêmes sources, 93,5 % des agresseurs sont des hommes, connus des victimes dans près de 75 % des cas, avec une part de 9,68 % de membres de la famille. La majorité des agressions auraient lieu dans des lieux publics isolés ou, à plus rare incidence, au domicile de l’auteur présumé.
Les praticiens soulignent par ailleurs que la plupart des enfants victimes ne parlent pas spontanément de leur traumatisme, souvent par peur ou par honte, rendant la détection et la prévention encore plus difficiles.
Un phénomène global et souvent invisible
Ces données algériennes s’inscrivent dans un contexte mondial où la violence sexuelle contre les enfants reste un problème de santé publique sous-déclaré. Selon l’UNICEF, environ une enfant sur cinq et un enfant sur sept à l’échelle mondiale ont été victimes de violence sexuelle dans leur enfance, d’après une vaste étude basée sur des dizaines de pays.
L’UNICEF rappelle que ces agressions — qu’il s’agisse de contact physique ou d’autres formes de violences sexuelles — ont des effets durables sur la santé mentale et physique des victimes et nécessitent des réponses préventives et de soutien adaptées.
Tabou social et sous-déclaration
En Algérie, comme dans de nombreuses sociétés, la stigmatisation associée aux violences sexuelles, surtout lorsqu’il s’agit d’enfants, contribue à une faible culture du signalement. Selon les praticiens interrogés, un seul enfant sur dix ferait pleinement confiance à sa mère pour évoquer ce qui lui est arrivé.
Cette réticence alimente le cercle de silence autour de ces violences et rend d’autant plus difficile l’élaboration de politiques publiques efficaces. La loi algérienne prévoit des mesures pour protéger les victimes, mais des experts estiment que ces dispositifs restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène.
Vers une meilleure protection des enfants ?
Des organisations internationales, dont l’UNICEF présente en Algérie, appellent à renforcer les mécanismes de prévention, de prise en charge des victimes et de sensibilisation des familles et des professionnels. Dans de nombreux pays, des campagnes publiques encouragent désormais davantage de signalements et l’accès à des services spécialisés.
En l’absence de statistiques nationales exhaustives, les experts affirment que les chiffres disponibles ne sont que la partie émergée d’un phénomène beaucoup plus étendu, qui requiert une mobilisation sociale et institutionnelle accrue.







