Pour Said Sadi, Mélenchon est un « tuteur néocolonial » ?

Il y a sept ans, Jean-Luc Mélenchon citait encore Saïd Sadi pour dénoncer l'islamisme. Il a déclaré : « J’ai toujours dit, comme le docteur Saïd Sadi, que l’islamisme politique c’est comme la mort : c’est une expérience qu’on ne fait qu’une fois. ». Aujourd’hui, le divorce est consommé. Entre le leader de La France Insoumise et les démocrates d'Afrique du Nord, le fossé semble moral.
Saïd Sadi, ancien député et ancien président du parti algérien Rassemblement pour la Culture et la Démocratie(RCD), exilé en France, depuis la montée de la répression post-Hirak, a reproduit sur sa page facebook, une contribution du journaliste et dirigeant des éditions Frantz fanon Amar Ingrachen sur Marianne, dans laquelle ce dernier accuse la gauche française de néocolonialisme envers les algériens en particuliers et les Nords africains en particulier. Des accusations dont Said Sadi semble en accord.
« Nous reproduisons la tribune signée ce jour par l’éditeur Amar Ingrachen qui invite à une discussion autour du tabou exercé par la gauche française sur les élites algériennes et, plus généralement, nord-africaines. En espérant que les réflexes des accusations d’affiliations à l’extrême droite ne pollueront pas les débats. » a écrit Saïd Sadi
Le miroir déformant du « racisme feutré »
L’accusation portée par l’éditeur Amar Ingrachen, et relayée avec force par Saïd Sadi, met des mots sur un malaise profond : une partie de la gauche française, au premier rang de laquelle se trouve LFI, semble avoir décrété que les peuples du Sud — et leur diaspora — ne sont pas faits pour la démocratie laïque.
C’est ce que Kamel Daoud appelle le « racisme feutré » : une complaisance à l'égard de l'intégrisme qui ne dit pas son nom. En refusant de nommer le danger théocratique pour ne pas « stigmatiser », cette gauche nous enferme dans une identité religieuse monolithique. Elle nous dit, en substance : « La laïcité est pour nous, le fanatisme est pour vous, c'est votre culture. »
Les "maghrébins" : de citoyens à « cheptel électoral »
Pourquoi ce revirement ? La réponse tient en un mot : électoralisme. Pour conquérir les banlieues françaises, la stratégie mélenchoniste a transformé la diaspora maghrébine en un « cheptel électoral » (pour reprendre le terme d'Ingrachen).
Dans ce calcul froid, le démocrate algérien, l'intellectuel laïc ou la femme kabyle luttant pour ses droits deviennent des obstacles gênants. Ils rappellent que l'islamisme n'est pas une « résistance », mais une oppression. Mais pour LFI, il est plus rentable de flatter les réseaux communautaires que de soutenir les aspirations universelles de ceux qui, de l’autre côté de la Méditerranée, paient de leur vie leur refus du dogme.
L’atavisme colonial d’une certaine gauche : de Ferry à Mélenchon
Pour comprendre cette dérive, il faut lever un tabou historique : le colonialisme français fut aussi, et souvent, un projet de gauche. À la fin du XIXe siècle, c’est le républicain Jules Ferry qui théorisait le « devoir de civiliser les races inférieures ». Hier, cette gauche imposait ses valeurs par la force au nom d’un progrès paternaliste ; aujourd’hui, elle pratique l'inverse avec la même arrogance.
Ce que nous observons chez LFI est une mutation du colonialisme en relativisme culturel. Sous couvert de « respect des différences », on décrète que la laïcité ou la liberté de conscience sont des produits de luxe exclusivement réservés aux Occidentaux. En 1956, le socialiste Guy Mollet intensifiait la guerre en Algérie par refus de l'indépendance ; en 2024, les héritiers de cette gauche refusent aux Algériens leur « indépendance intellectuelle » en validant l'islamisme comme leur seule expression politique légitime.
Dans les deux cas, le logiciel reste le même : celui du tuteur. Qu’elle veuille « civiliser » le colonisé ou qu’elle veuille « protéger » l’intégriste, cette gauche refuse de voir en l’autre un égal. Pour elle, le Nord-Africain reste un sujet qu’on manipule, jamais un citoyen dont on respecte les aspirations universelles.






